Antoine BELPOIS (belpois@aist.enst.fr)
Arnaud MARTIN
An 2000
DOSSIER D’ECONOMIE
L’INDUSTRIE DES
SEMI-CONDUCTEURS
Sommaire
I] Structure du marché
1/
Classification des acteurs
a/
L’activité industrielle
b/
Concentration et parts de marché
c/
Panorama des grandes entreprises
d/
Le rôle des Etats
2/
Le marché par régions
3/
Le marché par débouchés
II] Les règles du marché
1/
La croissance tendancielle
a/
Nature de la croissance
b/
Les facteurs de la croissance
c/
La pervasion
2/
Les cycles
a/
Manifestation des cycles
b/
Mécanisme d'un cycle
Conclusion
Bibliographie
Introduction
L’industrie des
semi-conducteurs a pris une place considérable dans la société actuelle.
Aujourd’hui, tous les équipements que nous utilisons contiennent des composants
électroniques. L’industrie électronique s’est mise en branle dans les années
1950. Industrie naissante par rapport à toutes les industries sidérurgiques ou
textiles qui existaient depuis un siècle déjà. Cependant, elle a dès le début
provoqué un engouement supérieur à toutes les autres industries. En effet, sa
mise en place a largement été motivée par les militaires, qui cherchaient à acquérir de la puissance de
calcul pour le chiffrement et pour le contrôle des engins militaires. Par la
suite, les scientifiques se sont lancés massivement dans la recherche sur les
propriétés physiques des matériaux et sur les procédés de fabrication
industrielle.
Depuis cinquante ans, nous
connaissons les performances de cette industrie, et nous sommes bien conscients
de notre dépendance vis-à-vis de la technologie électronique. C’est pourquoi il
est bon de s’intéresser aux aspects économiques du marché des composants
électroniques et du marché des semi-conducteurs en particulier. Ce marché est à
plus d’un titre spécial : nous étudierons les acteurs de ce marché et nous
verrons de quelle façon les Etats sont intervenus dans l’implantation de cette
industrie ; nous examinerons également la caractéristique majeure de ce
marché, qui réside dans la périodicité au cours du temps de la croissance. Nous
verrons de plus quelles sont les constantes de ce marché, et quelles sont les
préoccupations pour l’avenir.
L’industrie des
semi-conducteurs est passionnante car son évolution semble souvent difficile à
prévoir, et constitue un défi permanent pour les économistes qui tentent de
modéliser correctement son fonctionnement. Cette volonté de prévoir intervient
tant au plan économique qu’au plan technologique, et permet de fournir des
informations stratégiques aux entreprises. A terme, tout deviendra
électronique.
a/ L’activité industrielle
On comptait 120 sociétés en
1994, qui alimentaient le marché des semi-conducteurs, marché de 100 milliards
de dollars. On peut y distinguer 3 grands types de sociétés:

·
Les sociétés « à catalogue large » dont la gamme de produits
couvre entre 70% et 85% de l’ensemble de la gamme des semi-conducteurs. Ces
sociétés, généralement placées parmi les vingt premières mondiales, réalisent
un chiffre d’affaires compris entre 1,2 milliards et 8 milliards de dollars.
Leur part de marché est en moyenne de 5%, allant de 1,5% jusqu’à 8%. Ces
sociétés ont des représentations commerciales dans toutes les grandes régions
du monde et réalisent plus du tiers de leurs ventes à l’extérieur de leur
territoire d’origine. Ce sont les sociétés asiatiques (par exemple Samsung) qui
réalisent en proportion la plus grande partie de leur chiffre d’affaires à
l’extérieur, soit par le biais de l’exportation directe, soit par celui des
ventes effectuées par leurs unités de production implantées à l’étranger. Les
américains et les européens sont peu derrière, tandis que les japonais sont les
moins externalisés. Si les japonais ont été favorisés par cet état de fait
lorsque la demande intérieure était importante, ils sont depuis 1990 grandement
pénalisés.
·
Les sociétés « spécialisées », une vingtaine environ, dont le chiffre d’affaires va de 300
millions de dollars à 1,5 milliards de dollars. Ces sociétés ne couvrent qu’une
partie du catalogue, généralement un seul segment tel que les circuits intégrés
à la demande, ou encore les micro-contrôleurs. Elles opèrent de même dans
toutes les régions du monde, mais réalisent la majorité de leur chiffre
d’affaires (70%) sur leur territoire.
·
Les sociétés « de niche », dont le chiffre d’affaires oscille
entre 30 et 300 millions de dollars. Ces sociétés sont rarement internationales
et beaucoup d’entre elles sous-traitent la fabrication de leurs puces à de
grandes sociétés. Ces sociétés ont une durée de vie courte, et sont le plus
souvent absorbées par les grandes entreprises. Elles se situent principalement
aux Etats-Unis et à Taiwan.
La concentration de
l’industrie des semi-conducteurs s’est largement intensifiée au cours des vingt
dernières années. Les vingt premières sociétés couvraient en 1970, 70% de la
production mondiale, 85% en 1985 et 82% en 1994. Les mouvements de
concentration ont souvent profité aux grandes sociétés. Mais l’industrie des
semi-conducteurs est relativement jeune et sa structure n’est pas tout à fait
consolidée ; environ 150 sociétés opèrent sur un marché de 100 milliards
de dollars, dont la croissance est de 15% par an, et la part de marché des plus
grandes sociétés se situe autour de 3 à 4% du marché mondial. Cependant, Intel,
première société mondiale, occupait 9% du marché mondial en 1993, ce qui
constitue une exception aux normes habituelles dans l’industrie des
semi-conducteurs.
Evolution du degré de concentration de l’industrie électronique mondiale
en %
de la production mondiale
|
|
1974 |
1984 |
1994 |
|
5 premières |
19 |
18 |
20 |
|
10 premières |
30 |
33 |
35 |
|
20 premières |
43 |
48 |
50 |
|
30 premières |
50 |
56 |
60 |
Source : THOMSON CSF
c/ Panorama des grandes entreprises
|
Classement 1994 |
Société |
Chiffre d’affaires en millions de $ |
|
1 |
Intel |
10 121 |
|
2 |
Nec |
7 944 |
|
3 |
Toshiba |
7 527 |
|
4 |
Motorola |
7 237 |
|
5 |
Hitachi |
6 485 |
|
6 |
Texas Instrument |
5 280 |
|
7 |
Samsung |
4 893 |
|
8 |
Fujitsu |
3 858 |
|
9 |
Mitsubishi |
3 735 |
|
10 |
Philips |
2 905 |
|
11 |
Matsushita |
2 887 |
|
12 |
IBM |
2 885 |
|
13 |
SGS-Thomson |
2 640 |
|
14 |
Sanyo |
2 316 |
|
15 |
Sharp |
2 182 |
|
16 |
National Semi-conductor |
2 137 |
|
17 |
Siemens |
2 075 |
|
18 |
AMD |
2 065 |
|
19 |
Sony |
1 866 |
|
1 797 |
Classement 1999
|
Société
|
1
|
Intel
|
NEC
|
|
3
|
Toshiba
|
| 5 |
Texas Instrument
|
6
|
Motorola
|
7
|
Hitachi
|
8
|
ST
|
9
|
Philips
|
10
|
Infineon
|
Les applications militaires ont été la motivation principale de l’intervention des Etats dans l’industrie électronique, dès la fin de la Seconde Guerre Mondiale, car elles ont revêtu un aspect stratégique en Europe et aux Etats-Unis.:p>
« L’aide à la recherche » est la forme la plus commune de soutien à l’industrie électronique et prend la forme de contrats d’études pour les grands clients publics, de laboratoires publics de recherche (Etats-Unis, Japon, France et Grande Bretagne) ou encore de subventions.
En Europe, ces aides sont
importantes principalement en France, Allemagne et Italie. Mais ce soutien est
de plus en plus réglementé par la Commission Européenne qui développe en fait
des programmes de Recherche et Développement (PCRD). Par exemple, des
programmes tels que « Technologies de l’information »,
« Technologies et services avancés de communication », adoptés en
1994 lors du quatrième PCRD disposaient d’un budget de 2500 et de 750 millions
de dollars respectivement, pour une durée de quatre ans. Par ailleurs, les
industriels et les Etats européens ont mis en place dès 1989 le JESSI (Joint
European Submicron Silicon Initiative), programme coopératif visant à
développer les filières semi-conducteurs. Au cours de la période 1990-1995, ce
programme aura mis en œuvre un peu plus de 1 milliard de dollars de financement
public à destination des industriels. Au total, le financement public de la recherche
sur les composants électroniques est en Europe de 600 millions de dollars par
an, dont 25% proviennent de la Commission Européenne et dont le reste est dû
essentiellement à la France, l’Allemagne et l’Italie.
Aux Etats-Unis, le soutien
public à l’industrie électronique (particulièrement l’industrie des composants)
est très important, en dépit du capitalisme libéral qui prédomine. Le
financement public à l’industrie des composants dépasse 1 milliard de dollars
par an, ce qui représente le double de ce qui est fait en Europe. Le ministère
de la Défense compte pour moitié, l’autre moitié provenant des ministères du
Commerce et de l’Energie. En 1987, le programme coopératif Sematech fut mis en
place entre 14 fabricants américains de semi-conducteurs. Ce programme s'est
surtout attaché à la production et aux équipements de production des
semi-conducteurs, avec un budget de 200 millions de dollars partagé pour moitié
entre les industriels et les pouvoirs publics. De plus, les pouvoirs publics
fournissaient des équipements et de la main d'œuvre, participant donc à plus de
50%.
Au Japon, le soutien public
à la recherche sur les composants électroniques est sensiblement égal à 300
millions de dollars par an. Le soutien à cette industrie est dû au MITI
(Ministère de l'Industrie), dans le cadre de grands programmes. Ainsi la
recherche est la plupart du temps effectuée dans les grands laboratoires du
MITI. En 1994, le SIRIJ (Semiconductor Industry Research Institute Japan) est
crée par les dix premiers fabricants japonais de semi-conducteurs, mais son
budget de 3 millions de dollars est insuffisant.
En Corée, le soutien public
à la recherche sur les composants électroniques est d'environ 150 millions de
dollars par an mis en œuvre dans le cadre de grands programmes et de
l'installation de laboratoires publics comme le KETI (Korea Electronics
Technology Institute).
Taiwan a crée en 1975 l'ERSO
(Electronic Research Service Organisation) qui effectue de la recherche et aide
à la diffusion de la technologie. L'aide à la recherche représente environ 50
millions de dollars par an.
« La politique industrielle » est un ensemble de moyens d'intervention plus directs et plus contestés car à la différence de l'aide à la recherche, cette forme d'aide peut perturber le libre jeu de la concurrence. En fait, c'est plus ou moins l'objectif que se donne cette politique, puisqu'elle a pour but d’aider les industriels à se maintenir dans un marché qui à l'évidence leur échappe.
Les moyens mis en œuvre dans
une telle politique sont variés: mesures dpe, signalons que la France a utilisé
de tels moyens, avec la succession de plans « calcul »,
« composants » et « filière électronique » dans les années
70-80. Même s'il est difficile de rattacher ces actions avec le succès de
Thomson ou Alcatel, ou bien encore de ST, il semble qu'elles aient eu un impact
positif. D'autres pays européens tels que l'Allemagne ou l'Angleterre se disent
hostiles à de telles politiques, même si l'usine de semi-conducteurs ouverte
par Siemens à Dresde a été financée pour moitié par l'Etat allemand, soit un
investissement de 1 milliard de dollars.
Il en est de même aux
Etats-Unis, où une forte concurrence s'est installée entre les différents
Etats. Ceux-ci rivalisent à l'aide de subventions à caractère régional et
autres avantages afin d'attirer les investissements.
Le Japon, quand à lui, met
en œuvre une politique industrielle très active, basée sur une grande
coordination des différentes stratégies utilisées au niveau des entreprises.
Bien qu'elle n'empêche pas les firmes japonaises de se livrer une bataille
acharnée, elle permet d'uniformiser les stratégies à long terme et d'opposer un
front uni à l'étranger.
Les pays pauvres ont eux
toujours cherché à encourager le développement d'industries électroniques
locales grâce à une politique de sous-traitance et de fourniture du marché
local. Ils ont pour cela créé des zones franches pour l'exportation, donné des
aides à l'investissement et offert des avantages fiscaux, réglementé les
importations ou prévu des clauses dans les grands contrats qui leur assurent
une part de fabrication locale.
L'efficacité de ces
politiques a été largement démontrée par le développement de l'industrie en
Irlande et aussi dans des pays asiatiques tels que la Corée, Taiwan, Singapour,
Hong Kong. Mais il existe des faiblesses dans ces industries, qui tiennent à
une trop grande spécialisation et à une très grande dépendance vis-à-vis des
étrangers.
« Les entreprises nationales » représentent la forme la plus directe d'intervention des Etats dans l'industrie électronique. Ce phénomène est typiquement français, puisque de grandes entreprises telles que Bull, Thomson, Alcatel-Alsthom ou Dassault ont été nationalisées. Néanmoins, ces entreprises nationales sont en voie de privatisation.
2/ Le marché par
régions
En 1994, pour un marché
mondial des semi-conducteurs d'une valeur de 100 milliards de dollars, un tiers
se plaçait en Amérique du Nord, 19% en Europe, 19% en Asie Pacifique et 29% au
Japon. Ces proportions ont très largement varié avec le temps, en raison des
différentes conjonctures économiques, des mouvements de délocalisation et du
jeu de la concurrence. En effet, en 1985, le marché américain représentait 30%,
le marché japonais 39%, l'Europe 19% et l'Asie 12%.
Le Japon vaut 29 milliards
de dollars dans le marché des semi-conducteurs. La crise économique durable qui
eut lieu au Japon a entraîné un ralentissement dans la croissance de son
industrie électronique, de sorte qu'elle a connu entre 1989 et 1996 une période
morose. De plus, le Japon, leader des biens de consommation électroniques tels
que la chaine Hi-Fi ou la télévision, a été dépassé par les Etats-Unis dans le domaine
de l'informatique personnelle et de la communication, deux vecteurs essentiels
de l'industrie électronique aujourd'hui.
L’Amérique du Nord
représente 33 milliards de dollars de marché pour les semi-conducteurs. Le
marché y a connu une très forte remontée grâce à la reprise économique et à
l’émergence rapide et massive des producteurs américains dans les segments de
l’informatique personnelle et de la téléphonie mobile. En 1995, 90% de la
production mondiale de PC était américaine. Par ailleurs, certains
constructeurs de téléphones mobiles lancent leurs satellites afin d’assurer aux
utilisateurs une couverture mondiale, ce qui ne manquera pas de donner une
poussée supplémentaire au marché.
En Asie Pacifique, le marché
représente 19 milliards de dollars pour les semi-conducteurs. Les marchés des
composants en Asie Pacifique sont les plus dynamiques du monde en raison des
mouvements incessants de délocalisation de la fabrication des équipements
électroniques américains, européens et japonais. A cela s’ajoute la forte
émergence de la Chine en tant que puissance électronique mondiale, avec un taux
de croissance de son industrie électronique de 20% par an.
Pourcentage
de la production mondiale
délocalisée
en Asie en %
|
|
1994 |
1996 |
1998 |
|
Informatique |
25 |
30 |
36 |
|
Grand
Public |
30 |
37 |
41 |
|
Télécommunications |
15 |
18 |
21 |
Source : SAMSUNG
L’Europe représente
également 19 milliards de dollars dans le marché des semi-conducteurs. Bien
qu’elle ait subi des revers face aux américains et aux japonais dans les
segments informatiques et de biens de consommation, elle a su remporter des
victoires car en 1994, elle dominait dans le secteur des télécommunications et
de l’électronique automobile, et aujourd’hui elle compte Philips et Thomson
parmi les cinq premiers leaders mondiaux de l’électronique grand public.
L’Europe a également bénéficié de la délocalisation de sociétés américaines
fabricants de PC. L’ensemble de ces mouvements a conservé à l’Europe sa part du
marché mondial.


Source : ST / DECISION
Depuis l’avènement de la
micro-informatique, le marché des composants a été de façon croissante tiré par
le segment de l’informatique, qui représente aujourd’hui près de la moitié du
marché total des composants. A l’intérieur de ce segement, les PC comptent pour
75% dans le marché des semi-conducteurs.
Le segment grand public a
lui vu sa part de marché diminuer régulièrement en raison de la saturation des
ménages en équipements audiovisuels et aussi de la très faible évolution
technologique des matériels grand public.
Le segment de l’automobile,
qui était quasi inexistant il y a 15 ans, a pris de l’ampleur et représente
désormais 5% du marché total des composants, soit 10 milliards de dollars. La
raison en est que les dispositifs mécaniques sont peu à peu remplacés par des
boitiers électroniques pour satisfaire les exigences de protection de
l’environnement et de sécurité ; par ailleurs, les automobiles intègrent de
plus en plus des navigateurs de bord.
Le segment des
télécommunications est évidemment important dans l’industrie des
semi-conducteurs, depuis les autocommutateurs du réseau fixe jusqu’aux stations
de base pour la téléphonie mobile, en passant par les terminaux. Ce marché
représente aujourd’hui 16 milliards de dollars sur le marché des
semi-conducteurs.



Source : SGS-THOMSON
En 1970, le marché se
partageait essentiellement en trois : un tiers pour le grand public, un
tiers pour l’informatique et un tiers pour le militaire. Aujourd’hui, le
segment militaire décroît régulièrement, tandis que les segments automobile et
télécommunications sont apparus en force. L’informatique s’est tournée
principalement vers la micro-informatique. On peut penser que le marché est
désormais stabilisé autour de ces cinq segments, mais des modifications
importantes auront lieu à l’intérieur des segments eux-mêmes. En voici les
grandes lignes :
·
L’informatique continuera à dominer le marché, en raison de l’émergence
des produits portables, et aussi en raison du développement de l’Internet.
·
Les télécommunications devraient avoir une croissance plus forte que la
moyenne du marché à cause du développement effréné des infrastructures de
radiotéléphonie.
·
Au niveau du grand public, il y a tout naturellement saturation de
l’équipement des ménages. Cependant, l’utilisation de la technologie numérique
pour la télévision va entraîner un nouveau dynamisme dans ce segment avec le
renouvellement de tout le parc télévisuel, et donc un retour de la croissance.
En moyenne, la part en volume des semi-conducteurs dans l’industrie électronique est de 17%. Elle est de 17% pour le grand public, 12% pour les télécommunications et 23% pour l’informatique.

Source : ST / DECISION
II] Les règles du
marché
1/ La croissance
tendancielle
a/ Nature de la croissance
En
1975, l'industrie des équipements électroniques représentait moins de 5% de la
valeur ajoutée industrielle dans la plupart des pays industriels. Vingt ans
après, sa proportion dépassait déjà les 10% et elle continue encore de croître.
Le marché des composants électroniques est la branche industrielle qui a la
plus grande croissance. Alors qu'en 1960 il représentait 1 milliard de dollars
dans le monde, les semi-conducteurs représentaient à eux seul 149 milliards en
1999. Depuis 1959, la croissance tendancielle du marché des composants
électroniques est aux alentours de 12%. Parmi ces composants, les
semi-conducteurs sont ceux qui connaissent la plus grande croissance : 15% par
an, alors que les composants passifs, eux, connaissent une croissance de 10%
par an. Les semi-conducteurs représentent déjà plus de la moitié du marché des
composants électroniques.
Les
débuts d'une telle croissance remontent à 1948, date de l'invention du
transistor par un laboratoire civil de Bell Telephones. En effet, avant la
période de croissance exponentielle, le marché de l'électronique était
principalement militaire, ce qui limitait sa croissance ; l'invention du
transistor a permis la mise au point d'équipements plus légers, consommant peu
d'énergie, et à des prix accessibles par le grand public, qui est depuis son
principal marché. Cette découverte a permis de transférer le rôle de moteur des
industries de pointe vers les industries grand public. Et cela a eu pour effet
de privilégier les grandes séries dont la fiabilité est excellente et le prix
inférieur aux équipements professionnels.
En
résumé, l'industrie des composants électroniques a accéléré sa croissance
depuis l'avènement du transistor, brique de base des composants
semi-conducteurs ; depuis 1959, la croissance moyenne des semi-conducteurs
s'établit à +15%, avec des sommets au-dessus des 50% pour certaines années.
Quels sont les facteurs qui ont permis aux semi-conducteurs de créer un marché
avec une telle croissance ?
b/ Les facteurs de la
croissance
Le
premier facteur est lié à la croissance globale. En effet il est compréhensible
que la consommation des ménages augmente lorsque la conjoncture est favorable.
La corrélation n'était pas évidente jusqu'en 1990 : par exemple lors des 2 crises pétrolières, la demande des ménages
en téléviseurs a maintenu sa croissance autour de 11 % par an. De même,
l'équipement en grandes infrastructures publiques de télécommunication n'a pas
été sensible aux fluctuations de l'économie. Depuis une dizaine d'années, le
marché de l'électronique semble plus sensible à l'économie globale. Certains de
ses segments suivent les fluctuations économiques, toutefois avec un certain
décalage.
Le
second facteur de croissance est l'innovation : que ce soit en informatique
(50% du marché des semi-conducteurs) ou en télécommunications (18% du marché
des semi-conducteurs), l'utilisateur est obligé de renouveler son matériel
pratiquement à chaque nouvelle génération d'équipement. Ainsi, le marché
n'arrive jamais à saturation puisqu'il se renouvelle sans cesse. Les
entreprises productrices de semi-conducteurs ont bien compris l'intérêt
qu'elles avaient à innover : dans les années 60, l'effort de Recherche &
Développement représentait pratiquement 30% du chiffre d'affaires ;
aujourd'hui, il s'est stabilisé autour de 13%. Pour les entreprises de
semi-conducteurs, les avancées technologiques représentent une véritable arme
de conquête des parts de marché, ce qui explique l'importance qu'elles
attachent à la R&D. Les états, qui ont saisi l'intérêt qu'ils avaient à
financer la R&D, les aident dans leurs efforts. La recherche effectuée dans
les laboratoires publics représente près de 20% du total ; à celle-ci s'ajoutent
des financement publics, ce qui nous amène à un total de 35% des dépenses de
R&D mondiales.
Comparaison des aides
nationales à la R&D dans l'industrie du semi-conducteur
|
Pays |
Aides fiscales |
Subventions à la R&D |
Prêts à faible taux
d'intérêt |
Infrastructure et
recherche |
|
Japon |
+++ |
+ |
++ |
++ |
|
Corée |
+++ |
+++ |
++ |
++ |
|
Taiwan |
++ |
++ |
++ |
+++ |
|
États-Unis |
+ |
+ |
0 |
+ |
|
Allemagne |
0 |
++ |
0 |
++ |
|
Grande-Bretagne |
0 |
+++ |
0 |
++ |
|
Irlande |
+ |
0 |
0 |
+ |
|
France |
0 |
N.C. |
0 |
+++ |
0 : inexistant, + : faible, ++ : important, +++ : très important (Source : IFO)
Les
vagues d'innovation sont complètement insensibles à la conjoncture économique :
par exemple, en 1993, alors que l'économie mondiale frôlait son niveau le plus
bas historiquement, les ventes de micro-ordinateurs atteignaient un niveau sans
précédent, et les ventes de portables commençaient à décoller.
Un
troisième facteur, d'ailleurs lié à l'innovation, est l'individualisation des
équipements électroniques. Par exemple, alors qu'en 1950 la radio était
familiale, elle a peu à peu envahi toutes les pièces de la maison puis et
jusqu’à nos rues avec l'apparition du walkman. La télévision est sur la même
voie, ainsi que l'informatique. Aux débuts du téléphone on n'avait qu'un
téléphone par foyer, aujourd'hui on en a pratiquement un par pièce, sans
compter les portables personnels. On ne mesure plus un marché en nombre de
foyers, mais en nombre de pièces ou en nombres d'individus. Le taux de
saturation qui était censé définir une limite à l'équipement des ménages perd
ici sa signification. L'innovation a joué ici encore un rôle capital, car elle
a permis la miniaturisation des équipements, ainsi que la baisse de leurs prix
en améliorant les techniques de production.
La
baisse des prix constitue elle aussi un facteur important. En 1960, un
téléviseur couleur coûtait aussi cher qu'une voiture bas de gamme, c'est à dire
dix mois de SMIC. Aujourd'hui, alors que la voiture bas de gamme coûte à peu
près le même prix, le téléviseur couleur coûte 20 fois moins cher, soit un
demi-SMIC. Ce phénomène se retrouve dans toute l'industrie électronique :
radio, hi-fi, magnétoscopes, lecteurs de CD, mais aussi ordinateurs,
radiotéléphones. D'ailleurs, en ce qui concerne les radiotéléphones, le
consommateur se s'aperçoit pas directement de la baisse des prix, étant donné
que les opérateurs préfèrent lui offrir le terminal pour l'inciter à utiliser
leurs services. De la même façon que Kodak, qui bradait ses appareils photos
pour pouvoir vendre plus de pellicules, ils préfèrent subir des pertes sur les
terminaux si cela leur permet d’avoir plus d'abonnés ; ils font ainsi des
bénéfices en vendant plus de minutes de communication. Cela leur permet aussi
de gagner des parts de marché, étant donné que la demande est très élastique
aux prix.
Le
cinquième facteur de croissance est l'extension du champ d'application de
l'électronique. Cette extension a toujours été présente depuis les débuts de
l'électronique. On peut l'assimiler à une croissance externe. D'abord confinée
aux applications radioélectriques, elle a envahi le domaine du calcul, avant
d'englober les télécommunications en remplaçant les systèmes électromécaniques.
Aujourd'hui, c'est dans l'automobile que l'électronique trouve un nouveau
débouché : en 1980, l'électronique représentait 1% du prix d'une voiture ; elle
en représente aujourd'hui près de 15%. Aujourd'hui les avancées du secteur
automobile sont majoritairement dûes à l'électronique : contrôle du moteur,
ABS, coussins gonflables de sécurité, suspensions intelligentes permettant une
meilleure tenue de route, etc. L'électronique trouve aussi de nouveau débouchés
dans la gestion intelligente de l'énergie, en aéronautique, et dans le bâtiment
(domotique).
Globalement,
l'industrie électronique est donc peu sensible à la conjoncture économique. Il
en va de même pour le segment des semi-conducteurs en particulier. Il apporte
des facteurs de production à l'économie (informatique, télécommunications,
automatisation ...), et sait profiter des phases d'expansion car il apporte
également des loisirs (jeux vidéos, hi-fi ...). Mais le facteur essentiel de sa
croissance, qui s'établit autour de 9%, est l'innovation, qui permet le
renouvellement des équipements et autorise des politiques de cannibalisation
(la nouvelle génération cannibalise toujours les marchés des générations
précédentes). L'innovation est aussi à l'origine de la baisse des prix en
améliorant les techniques de production, ce qui permet l'individualisation des
équipements.
c/ La pervasion
Les
composants électroniques sont des produits de haute technologie dont la durée
de vie est généralement assez brève. Dans ce marché en perpétuelle évolution on
assiste sans cesse à des substitutions de nouveaux composants à d'autres. La
pervasion est une notion qui a été introduite pour évaluer la croissance relative
des différentes familles de composants par rapport au marché global des
composants. Si cette pervasion est positive, cela signifie que la proportion de
composants présents dans les équipements électroniques est en augmentation. Par
contre si la pervasion est négative, cela signifie que cette proportion est en
diminution, donc que le composant en question est en train d'être remplacé par
un autre composant. Pour calculer la pervasion d'une famille de composants, on
retranche le taux de croissance annuel moyen de l'industrie des équipements
électroniques au taux de croissance de la famille considérée. L'évolution de la
pervasion permet d'évaluer dans le temps la vitesse de pénétration des
composants électroniques dans les équipements électroniques. Par exemple, la
croissance annuelle du marché des mémoires vives DRAM a été de 48% en 1999, tandis que la croissance de l'industrie des
équipements électroniques était de 9% (la croissance des équipements est de 9%,
alors que la croissance tendancielle des composants est de 15% ; car
l'industrie des équipements électroniques n'est pas le seul client de
l'industrie des composants) . La pervasion des DRAM est donc 48 - 9 = 39%.
Cela signifie que chaque année, il y a 39% de DRAM en plus dans les équipements
électroniques (en valeur).
Croissance comparée des
composants et pervasion
|
Composants |
Croissance 1984-1994 |
Pervasion |
|
Microprocesseurs |
25 |
19 |
|
Microcalculateurs |
20 |
11 |
|
Mémoires DRAM |
18 |
9 |
|
Circuits imprimés |
15 |
6 |
|
Mémoires EEPROM |
14 |
5 |
|
Circuits intégrés dédies |
14 |
5 |
|
Mémoires SRAM |
13 |
4 |
|
Connecteurs |
12 |
3 |
|
Circuits hybrides |
10 |
1 |
|
Mémoires EPROM |
10 |
1 |
|
Transistors de puissance |
10 |
1 |
|
Optoélectronique |
8 |
-1 |
|
Transistors petits signaux |
8 |
-1 |
|
Ferrites |
7 |
-2 |
|
Bobinages |
7 |
-2 |
|
Résistances |
6 |
-3 |
|
Condensateurs |
6 |
-3 |
|
Circuits intégrés standard
bipolaires |
-8 |
-17 |
|
Équipements électroniques |
9 |
|
(Source : ST)
Comme
le fait apparaître le tableau précédent, les plus fortes pervasions sont celles
des semi-conducteurs, alors que les composants passifs sont globalement en
chute libre. On constate aussi que la pervasion la plus petite est celle des
semi-conducteurs à base de transistors bipolaires. Ceci n'a rien d'étonnant :
ces transistors, les premiers inventés, sont en train d'être remplacés par les
transistors MOS car ces derniers consomment moins, donc sont plus facilement
intégrables (quand un circuit consomme trop, il s’échauffe et peut s'arrêter de
fonctionner ; or l'intégration augmente la consommation des circuits). Même
dans le domaine des circuits analogiques, qui était pourtant le domaine de
prédilection des transistors bipolaires grâce à leur rapidité et à leur
linéarité, les transistors sont de plus en plus souvent choisis pour faciliter
l'intégration.
On
a ainsi assisté à l'émergence d'une nouvelle catégorie de composants pour les
applications de très haute technologie : les composants Bi-CMOS. Sur un même
substrat, on réunit des transistors bipolaires et des transistors MOS. Ainsi
les opérations numériques sont réalisées par les transistors MOS, alors que les
opérations analogiques délicates (qui nécessitent une bonne linéarité) ou les
opérations analogiques qui doivent être effectuées à très haute vitesse
(conversion analogique numérique, filtres, amplification ...) sont laissées aux
transistors MOS.
Débouchés des semi-conducteurs

La technologie des
semi-conducteurs tire les applications (Source : ST)
Les
circuits intégrés ont une pervasion positive, car leur nature est justement de
regrouper sur un substrat de plus en plus d'éléments. Cela se fait au détriment
des composants passifs, qui peuvent aujourd'hui être intégrés directement sur
ces substrat, voire même émulés grâce à de nouvelles techniques, comme la
technique des capacités commutées.
Evolution du niveau
d’intégration des circuits intégrés
|
|
1995 |
1998 |
2001 |
2004 |
|
Finesse de gravure ( en
microns) |
0.35 |
0.25 |
0.18 |
.012 |
|
Nombre de transistors par
puce |
64 M |
256 M |
1 G |
4 G |
|
Surface de la puce (en
mm²) |
200 |
320 |
500 |
1000 |
|
Diamètre des tranches de
silicium (en mm) |
200 |
200 |
200-400 |
200-400 |
|
Nombre d’entrées/sorties |
750 |
1500 |
200 |
3500 |
(Source : ST)
Evolution du degré
d’intégration des circuits intégrés (Loi de Moore)

(Source : " Les
composants électroniques et leur industrie", Jean Philippe Dauvin)
Cette
perpétuelle course à l'intégration a une autre conséquence sur le prix des
composants: ils sont de plus en plus chers, car de plus en plus complexes.
Ainsi, les circuits intégrés ont une pervasion fortement positive, car leur
valeur augmente de génération en génération (or la pervasion est calculée par
rapport à la valeur). Si le prix moyen des semi-conducteurs augmente, on ne
peut pas en dire autant des fonctions qu'ils réalisent. Comme le montre la
courbe ci-dessous, le prix moyen par bit de RAM a une décroissance encore plus
abrupte que celle d'une exponentielle inverse : le bit coûte de moins en moins
cher alors que les composants qui réalisent cette fonction coûtent de plus en
plus cher car les capacités augmentent continuellement.
Prix du bit en fonction de
l’intégration (mémoire DRAM)

(Source : Dataquest)
Prix moyen des
semi-conducteurs sur le marché mondial de 1984 à 1994

(Source : ST)
Cela
a une répercussion sur les équipement électroniques eux-mêmes : il ressemblent
de plus en plus à une grosse puce entourée de quelques périphériques. Alors que
la grosse puce fait tout le travail, les périphériques sont uniquement présents
car on ne peut pas encore les intégrer. Aujourd'hui, on n'achète plus un
"ordinateur personnel", mais un "Intel" ou un
"AMD". Effectivement, le processeur central est le composant
déterminant dans un ordinateur, et aussi le plus cher.
2/ Les cycles
La croissance des composants
électroniques n'a jamais été parfaitement linéaire. L'observation a permis de
mettre en évidence l'existence de cycles depuis les débuts de l'électronique
grand public. Toutes les familles de composants électroniques connaissent des
cycles, mais celle des semi-conducteurs a les cycles les plus marqués.
a/ Manifestation des cycles
La
croissance observée est toujours différente de la croissance à long terme.
Celle-ci est alternativement supérieure et inférieure, d'où le phénomène de
cycles.

Comme
le fait apparaître cette courbe, l'industrie des semi-conducteurs a connu
depuis 1959, 8 cycles au cours desquels le marché a diminué à 6 reprises.
L'importance d'un pic se mesure par la différence entre la croissance la plus
haute et la croissance la plus basse. Depuis 1990, on peut dire que les
évolutions du marché sont globales : à quelques semaines près, elles sont les
mêmes partout dans le monde, à cause de la globalisation du marché des
semi-conducteurs.
En
général, l'onde de choc part du marché informatique, et plus particulièrement
du marché des ordinateurs personnels type PC. Ensuite elle se propage, avec une
certaine atténuation, aux marchés des télécommunications et des applications
industrielles. Parmi les semi-conducteurs, le secteur où les cycles sont les
plus visibles est celui des mémoires vives type DRAM, avec par exemple un pic
de croissance de +70% lors de la phase ascendante de 1984, suivi d’un
effondrement de la croissance de -60% l'année suivante.
Les
ASICs (Application Specific Integrated Circuits : circuits intégrés dédiés),
enregistrent quant à eux des fluctuations plus modestes, avec des croissances
variant de -10% pour les phases descendantes à +40% pour les phases montantes.
Les
fluctuations extrêmes que connaissent les semi-conducteurs ont incité les
industriels à prendre des mesures pour les atténuer. Ainsi, il apparaît
clairement sur la courbe qu'à partir de l'année 1985 les cycles se sont
atténués. Nous verrons par la suite quelles ont été les mesures prises par les
industriels pour limiter l'impact des cycles.
Atténuation des cycles du
marché des semi-conducteurs
|
Année |
Croissance des investissements |
Amplitude des cycles du marché des
semi-conducteurs |
|
1973 |
+60 |
+55 |
|
1974 |
+150 |
+5 |
|
1975 |
|
-20 |
|
1983 |
+30 |
+22 |
|
1984 |
+110 |
+46 |
|
1985 |
|
-17 |
|
1993 |
+40 |
+29 |
|
1994 |
+40 |
+29 |
(Source : SGS-Thomson/WSTS)
Comme
nous l'avons vu précédemment, les cycles du marché des composants électroniques
ne dépendent pas de la conjoncture économique (à cause de l'aspect aléatoire
des découvertes), mais ont une influence sur elle. Ainsi, le marché des
semi-conducteurs est devenu un indicateur de la reprise économique. Par exemple
en 1992, la reprise du marché des semi-conducteurs (+15%) annonçait la reprise
économique de 1993. A voir la croissance actuelle des semi-conducteurs (+19% en
1999), les années suivantes s'annoncent excellentes !
b/ Mécanisme du cycle
Description d’un cycle

(Source : « Les semi-conducteurs », Jean-Philippe
Dauvin)
A
l'origine du cycle, il y a toujours la création d'une nouvelle application des
semi-conducteurs, rendue possible par des avancées technologiques plus
fondamentales : la télévision en 1959, les circuits intégrés en 1970,
l'informatique personnelle en 1983 et en 1993, la téléphonie portable en 1994,
Internet en 1999. Au début du cycle, personne n'est certain que la nouvelle
application saura s’imposer dans le temps. Ainsi les industriels n'investissent
que le minimum nécessaire et préfèrent allonger les temps de production plutôt
que de construire de nouvelles usines. Au bout d'un moment, l'offre devient
beaucoup plus faible que la demande, et les prix s'emballent. Par précaution,
les équipementiers électroniques (les clients des fabricants de
semi-conducteurs) vont créer des stocks pour se préparer à une éventuelle
pénurie, ce qui accentue l'excès de la demande. Cela dure entre 12 et 18 mois
selon les cycles. A la fin de cette période, les prix des semi-conducteurs ont
augmenté de 30 à 50% par rapport au prix initial.
Ensuite,
les nouvelles usines, dans lesquelles les industriels ont consenti à investir
après avoir constaté la pérennité de la nouvelle application, commencent à
répondre efficacement à la demande. Et c'est précisément à ce moment là que la
demande commence à ralentir. Ainsi, la tendance est inversée : l'offre est
devenue supérieure à la demande, et les prix s'effondrent. Les stocks
constitués précédemment par les équipementiers sont mis à contribution, ce qui
accentue la baisse de la demande. Cette phase peut durer entre 8 et 10 mois
suivant les cycles.
La
baisse des prix incite les équipementiers à mettre au point des équipements
plus perfectionnés, ce qui crée une nouvelle demande. De plus les équipements
bas de gamme sont devenus très bon marché, ce qui attire une nouvelle
clientèle. A cela s'ajoute l'effet mécanique lié à la fin du déstockage des
équipementiers. On se rapproche de l'équilibre, jusqu'à la prochaine vague
d'innovation.
Après
la grande crise de 1985 (-17%), l'industrie essaie de mieux gérer le phénomène
de cycle. Pour cela, la pratique des flux tendus est développée par les
équipementiers, pour éviter les phénomènes de surstockage qui amplifient les
crises. Du coté des producteurs de semi-conducteurs, les capacités de
production sont gérées de manière à éviter le surinvestissement. La visibilité
du marché des composants a été améliorée grâce à des systèmes statistiques
fonctionnant en temps réel (WSTS). Enfin, utilisateurs et fabricants tentent de
substituer à la sauvage confrontation vendeurs-acheteurs des rapports plus
constructifs, et échangent des informations. Tous ces efforts ont porté leurs
fruits, puisqu'on constate que les crises sont moins sévères depuis 1985.
Toutefois la cyclicité est un aspect inhérent à ce marché, et cela continuera
tant qu'il ne sera pas arrivé à maturité.
Conclusion
En conclusion, nous pouvons
dire que l'industrie électronique est un secteur qui, malgré des hauts et des
bas dus à sa cyclicité inhérente, est en pleine croissance, et qu'il a encore
de beaux jours devant lui. La croissance tendancielle, autour de 15%, va se
maintenir tant que le marché ne sera pas arrivé à maturité. Le secret de l'industrie
électronique est d'avoir la capacité de créer un nouveau marché à chaque
nouvelle application. Aujourd'hui, les nouvelles applications grand public sont
pour la plupart le résultat indirect de découvertes scientifiques et
technologiques, qui permettent l'augmentation de la puissance de calcul grâce à
l'intégration. Le grand défi de demain sera de réussir à maintenir l'innovation
au niveau des applications quand les limites ultimes d'intégration seront
atteintes. Ces limites seront, d'après les estimations actuelles, atteintes
vers 2020. Cependant il faut prendre cette date avec précaution, car depuis
l'origine de l'électronique, les experts n'ont jamais cessé d'avancer des
limites théoriques qui ont toutes été franchies par la suite.
Aujourd'hui l'industrie
connaît des difficultés liées à la complexité des circuits. La complexité
augmente tellement vite, que les ordinateurs actuels sur lesquels tournent les
logiciels de CAO sont tout juste assez puissants pour concevoir la génération
suivante de semi-conducteurs. Le problème s'aggrave, car le nombre d'ingénieurs
de conception ne pouvant augmenter aussi rapidement que la complexité, c'est
l'automatisation qui voit sa tâche grandir. L'ordinateur se voit donc confier
de plus en plus de travail, et ce travail est de plus en plus complexe. La
difficulté que connaît une génération à concevoir la suivante pourrait à terme
ralentir les progrès de l'électronique.
Mais
le facteur limitant le plus important risque d'être le financement.
Aujourd'hui, une usine de semi-conducteurs
performante coûte plusieurs milliards de dollars, et ce prix ne cesse
d'augmenter. Ces investissements faramineux, outre la barrière à l'entrée
qu'ils représentent, constituent pour les grands groupes déjà installés des
sommes qu'ils hésitent à investir étant donné la volatilité du marché. C'est
une sérieuse menace à l'augmentation de l'intégration, qui pourrait se
concrétiser avant la limitation technologique .
Bibliographie
·
« Les composants électroniques et leur industrie », Jean-Philippe DAUVIN, John OLLIVER, Didier
Coulon, Collection Que sais-je ?, 1995
·
« 2000 Company Presentation », ST Microelectronics, February 2000
·
« Innovation and market structure :lessons from the computer
and semiconductor industries », Nancy
DORFMAN
·
« Attracting High Technology Investment :Intel’s Costa Rican
Plant », Deborah L. Spar, April
1998